Coupe du monde 2026 : le sacrifice du sport sur l'autel du divertissement.

Que le sport peut être passionnant et captivant ! Une planète entière s'est retrouvée suspendue aux exploits de cette Coupe du monde 2026, au point d'éclipser presque la résurgence du conflit entre les USA, Israël et l'Iran — lequel, pourtant, a fait flamber le prix du baril de pétrole.
Le football, arme de divertissement massive, galvanise les foules et les rassemble autour d'une même ivresse collective : le spectacle.
Le sport roi de la planète doit sa suprématie moins à sa pratique qu'à ses tournois. L'engouement planétaire suscité par le Mondial organisé aux États-Unis, au Canada et au Mexique en est la preuve éclatante.
Cet enthousiasme, alimenté aussi par les compétitions continentales — Euro, Coupe d'Afrique, Copa America — et par les championnats européens, atteste d'une vérité : les peuples aiment le football. Mais cet amour se tempère d'un certain désenchantement pour les championnats locaux, particulièrement en Afrique. Il se révèle surtout quand les meilleurs se mesurent aux meilleurs. Les tournois entre nations et entre clubs d'élite sont si prisés pour cette raison. La dernière Coupe d'Afrique des nations, qui a battu tous les records d'audience, en est l'illustration parfaite — la plupart des joueurs africains évoluant dans les ligues européennes.

L'engouement naît du spectacle. Et le spectacle ne tient pas au sport lui-même, mais à ses acteurs : les joueurs. To entertain people, you need entertainers.

Dès lors, pour un événement aussi planétaire que la Coupe du monde, il était impératif que la finale mette en scène l'athlète le plus susceptible de déchaîner les passions. La logique implacable de notre temps a parlé : 
« la fin justifie les moyens ».
« Ne soyons pas naïfs, nous répète-t-on, c'est du business. » Des milliards de revenus publicitaires et de sponsoring sont en jeu. Qu'aurait donc rapporté une finale Côte d'Ivoire, Sénégal ou Égypte, quand les restrictions de visa privaient ces nations d'une grande partie de leurs supporters ?
Pour les équipes européennes comme la France, la Norvège ou l'Espagne, en revanche, la règle était claire : que le meilleur gagne, par son seul talent.

Mais l'Angleterre, elle, n'a pas eu ce privilège. Face à l'Argentine de Messi en demi-finale, elle a subi la loi des arbitres. Tuchel, le sélectionneur anglais, a certes déçu, mais l'étonnement fut général : comment la Grande-Bretagne, vainqueur de sa seule Coupe du monde en 1966, a-t-elle pu être ainsi sacrifiée sur l'autel de la star argentine ? No pity in business, comme dirait Koffi Gombo.
Messi, son talent, sa légende… Comment une organisation aussi puissante que la FIFA peut-elle risquer sa crédibilité en le favorisant de manière si flagrante ?

Les thèses complotistes ont fleuri, démontrant par mille détails les arbitrages douteux, les scénarios écrits d'avance. Mais au-delà de ces soupçons, une question demeure : quel est le poids marketing et financier d'un Messi dans l'économie mondiale du football ? Cristiano Ronaldo, selon les chiffres, le dépasse en valeur de marque. Pourtant, les faits sur le terrain racontent une tout autre histoire.

Qu'importe les statistiques de LeBron James, même s'il décroche six bagues de champion : Michael Jordan restera à jamais le GOAT. De même, la FIFA a porté Messi comme elle a porté Pelé, davantage que Maradona.
Un talent hors norme, savamment orchestré par une machine marketing rodée, imprime dans le cœur du peuple une marque indélébile. 
Le talent — la qualité intrinsèque du produit — crée des instants d'émotion pure, des victoires, des souvenirs, des sensations. Et le marketing, infatigable, les grave dans la mémoire des foules.
Car le divertissement est l'arme suprême. Les artistes les moins doués attirent déjà les regards ; Les plus grands, les génies les subjuguent et s'élèvent au rang d'icônes immortelles. L'argent suit, inéluctable, sans même qu'on le réclame.
 
SpaceX en est un parfait exemple : son introduction en bourse fut fulgurante et historique, portée par une campagne marketing acharnée autour de la conquête de Mars. Les foules sont captivées, et la valeur se crée, presque magiquement, ex nihilo.
Imaginez, dès lors, ce qu'aurait été la valorisation boursière d'un Messi, d'un Ronaldo, s'ils étaient cotés en Bourse… Leur seul nom vaudrait des milliards, sans qu'ils aient à taper dans un ballon

Aujourd'hui, votre produit n'a même plus besoin d'être consommé ou acheté pour générer de la valeur. Plus il est divertissant, plus il est précieux, il lui suffit de fasciner et d'obséder Plus il captive, plus il vaut. 
L'ère du numérique a tranché : la valeur ne se mesure plus à l'usage, mais à l'émotion. Bienvenue dans le monde où l'illusion rapporte plus que la réalité.



Marius C. Oula

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